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Mis en ligne le 24/07/2002
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Les DVDs
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Patrick Dewaere, la frayeur de vivre
LE CINE-LIVRE DE LA SEMAINE
de Jean-Marc Loubier

Ed. Michel Lafon
330 pages, 19 euros

Un gâchis organisé
par Frédéric Grolleau 
" (…) le métier de l'acteur, c'est justement de faire des crocs-en-jambe constants au spectateur. Si tu lui fais croire que tu vas faire un truc et que tu fais le contraire, tu le maintiens toujours dans la position du mec - bing ! - qui vient de prendre une baffe ! C'est pour cela que j'adore être acteur ". La baffe, Patrick Dewaere, comédien phare sacré par Les Valseuses de Bertand Blier en 1973, nous l'a donnée à tous le 16 juillet 1982 en se tirant une balle dans la bouche avec la carabine que lui avait offert son copain Coluche.
C'est l'itinéraire de cette star brisée, née en 1947 et sur les planches dès l'âge de 4 ans que s'applique à reconstituer sous nos yeux Jean-Marc Loubier, qu'on connaît pour ses biographies éclairantes de Jouvet, Simon ou Louis de Funès. Familier des proches de l'acteur, Loubier nous restitue un Patrick Bourdeaux - Maurin - Dewaere en proie à de multiples contradictions : appétit de jouissance, quête effrénée de l'amour (Sotha, Miou-Miou, Elsa..) souci de la reconnaissance professionnelle (ce César qu'on ne lui décernera jamais), ce Patrick-là a rarement été placé sous les feux des projecteurs. Rendu à sa dure vérité d'enfant de la balle, surexploité par une mère artiste connue des milieux cinématographiques et théâtraux pour " placer " ses six enfants afin de faire bouillir la marmite, Patrick est un gamin écorché qui se cherche en n'hésitant pas à chercher des noises aux autres. Grand cœur, grande gueule, ce monstre du cinéma français qui cartonne au " Café de la gare " et se lance dans l'enregistrement de quelques 45 tours n'a pas connu son père naturel : rejetant plus tard le nom maternel de Maurin qui l'a fait connaître pendant 15 ans dans sa jeunesse auprès du public, il endosse à merveille les rôles de déjantés et désaxés qui lui forment comme une seconde peau. Mal à son aise, perdu dans ses désirs et condamné à produire toujours plus pour cause de copains pique-assiettes et d'instabilité foncière, Dewaere, passé à côté des diplômes qu'il visait comme à côté de son identité profonde, a en fait joué à être lui-même à l'écran, quand il ne trouvait pas le réconfort dans les drogues, douces ou dures. Un jeu où l'individu fragile et authentique gagne rarement face aux pressions claniques de tous ordres.
En mal de " rôle positif " et de musique à même de colmater les brèches de son âme, il est devenu ce que sa famille, puis le milieu du cinéma et de la TV qui n'en est que la déformation continuée, l'a condamné à être. Moins mièvre que ce que la photo de ce beau gosse laisse apparaître sur la couverture de ce livre, le constat de Loubier est sans appel et a un goût de vaste gâchis organisé. " Les angoisses, les déchirures de Patrick, écrit le biographe, se suffisent à elles-mêmes. Elles sont transparentes. On sent en le voyant sur l'écran à travers ses films qu'il n'a de cesse d'être écartelé entre fureur et frayeur de vivre. Fureur de tout donner aux spectateurs. Frayeur d'être dans l'incapacité d'affronter la vrai vie. " CQFD.