©2002,dvdetcie.com |
Mis en ligne le 3/07/2002 |
La newsletter |
Retrouvez toutes les critiques parues sur dvd et cie. ici |
Les DVDs de la semaine |
L'enfant évanoui |
LE CINE-LIVRE DE LA SEMAINE |
de Denys de la Patellière Mercure de France 186 pages, 15 euros |
Au bonheur du lecteur par Jean-Marc Loubier |
Si je vous dis Les Grandes familles, Un taxi pour Tobrouk, Le Tatoué ou Le Tueur, il y a fort à parier que vous associerez à ces films les noms des comédiens Jean Gabin, Pierre Brasseur, Lino Ventura, Louis de Funès ou Bernard Blier. Vous n'auriez pas tort mais vous oublieriez simplement que ces
longs métrages ont été réalisé par le même homme. Il s'appelle Denys de la Patellière
et on lui doit de fort jolis succès commerciaux dans les années 50, 60
et 70 . Aujourd'hui âgé de 82 ans, il a décidé de ne plus visser son œil derrière
une caméra.. Il ne tournera plus profitant d'une retraite bien méritée au cœur
de Paris pour se livrer à autre genre d'exercice. Homme cultivé, fin lettré,
il livre aujourd'hui son premier roman. Dans L'enfant évanoui, inutile d'aller rechercher quelques références cinématographiques. Le propos est ailleurs même si ce récit se découpe, comme un scénario, en vingt-huit chapitres parfaitement calibrés. Ici, de la Patellière nous entraîne dans l'histoire de Franck qui découvre à l'âge de 15 ans que sa mère, une sainte femme, fait l'amour avec un autre homme que son fort honorable père. Elevé dans la religion, il ne peut ou ne veut comprendre ce qui se passe réellement. Il va mettre bien des années à découvrir les raisons profondes de cet adultère dont son père - un " héros " de la Grande guerre - pourrait bien être le complice volontaire. Pourquoi ? A cause de quoi ? Située dans la ville de La Rochelle, l'histoire écrite d'une plume caracolante teintée de mots judicieusement choisis, m'a plongé au cœur d'une famille huppée où chaque membre a le caractère bien trempé. Une grand-mère touchante ou méchante, un grand-père coureur de jupons, Robert, l'ami fidèle de Franck… et quelques autres qui au fil des pages éclairent par petites touches ce mystère avouable ou inavouable. Authentique peinture naturaliste d'une société bourgeoise et paradoxale - nous sommes en 1930- enfermée dans ses privilèges où les non-dits l'emportent sur les paroles. Je m'en voudrai de vous en dire davantage. J'ai lu ce livre de la première à la dernière ligne sans ne pouvoir imaginer qu'on pourrait en faire un film ou une saga pour la télévision. Tous les ingrédients y figurent à cette différence près qu'il s'agit ici de littérature et non d'un quelconque roman de gare rédigé à la va-vite pour faire un joli score d'audience. Denys de la Patellière a voulu se faire plaisir, il a bien eu raison. Raconte-il là une histoire un brin autobiographique ? C'est possible. On ne le saura jamais car il paraît qu'il se refuse à écrire ses mémoires. Il trouve cela impudique. Le mot est lâché. La pudeur. C'est bien ce qui caractérise ce premier roman écrit par un homme qui a voulu se prouver qu'il était capable d'extraire de sa propre enfance des souvenirs donnant matière au romanesque. Et l'exercice est réussi pour le plus grand bonheur du lecteur. |