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Mis en ligne le 26/06/2002 |
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Action ! |
LE CINE-LIVRE DE LA SEMAINE |
de Jean-Devaivre Ed.Nicolas Philippe 580 pages, 21,50 euros |
Un pavé dans la mare par Jean-Marc Loubier |
Je le confesse sans honte lorsque j'entendis parler pour la première fois de Jean-Devaivre,
je me suis précipité sur un dictionnaire du cinéma. C'était l'an dernier
lors de la sortie du film de Bertrand Tavernier Laissez-passer. Il y était question d'un homme devenu cinéaste presque par hasard ayant travaillé
pour la Continental pendant la Seconde guerre mondiale avant de se mettre au
service de la Résistance. Tavernier s'était inspiré des mémoires de cet homme-
dont le nom ne le disait rien - pour fabriquer son film. Et pourtant, Jean Devaivre
a réalisé une bonne douzaine de films parmi lesquels Un Caprice de Caroline chérie (1952) avec Martine Carol, La Dame de onze heures (1947) et surtout La Ferme des sept péchés (1949) avec Jean Vilar. Lors de la sortie du film -assez moyen- de Tavernier, les
mémoires de Devaivre n'avaient pas encore été éditées. C'est maintenant chose
faite. Un gros livre, dense, musclé à l'image de cet homme âgé aujourd'hui de 90 ans. Au fil des pages, il raconte quelques quarante années de son existence mouvementée et d'une kyrielle d'événements ayant jalonné sa vie de cinéaste. On y croise un jeune Jacques Dufilho, le futur grand metteur en scène Claude Sautet, Erich Von Stroheim, Georges Méliès, Louis Lumière, Michel Simon etc. Pour qui veut savoir comment se faisait le cinéma de cette époque, le livre de Jean-Devaivre constitue un précieux témoignage. Il a vécu le cinéma de l'intérieur ayant été tour à tour monteur, décorateur, assistant, scénariste, dialoguiste avant de se voir confier la réalisation finale du film de Maurice Tourneur La Main du Diable. C'est le début de sa carrière de cinéaste. Devaivre nous plonge au cœur d'un milieu où les intrigues sont légion, où les banques font la loi, où les producteurs se dérobent, où les comédiens... cabotinent. Il serait vain de vouloir entrer dans le détail. Cependant, une fois lu ce "pavé" jeté dans la mare, je me suis mis à penser que certains historiens feraient bien de le dévorer. Cela leur permettrait de réviser leur jugement sur ce cinéma fabriqué sous l'Occupation. "Après la Libération, tout le monde a craché sur la Continental, peut-être parce que les meilleurs y avaient travaillé. Pourtant, écrit Devaivre, les techniciens qui y ont exercé leur métier se sont toujours bien conduits.(...) Personne n'a jamais dénoncé un autre, ou par jalousie ou pour des propos entendus, et il y en avait ! La Continental n'a fait que des films propres." C'est lui qui l'affirme. Il sait mieux que quiconque de quoi il parle. Nul doute qu'il en étonnera certains. Puisse le débat être ouvert ? |