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Mise en ligne le 29/10/2003
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Entre courir et voler il n'y a qu'un pas papa
LE CINE-LIVRE DE LA SEMAINE
de Jacques Gamblin
Editions Le Dilettante
126 pages. 13 euros
A bout de souffle
par Jean-Marc Loubier
Que Jean-Luc Godard me pardonne d'emprunter le titre de l'un de ses meilleurs films comme entrée en matière de cette chronique. S'il lui arrive de la lire, il comprendra les raisons de mon choix. Il était une fois un certain Jacques Gamblin dont le nom rime avec comédien et… écrivain. Nul besoin, me semble-t-il de vanter les mérites de cet acteur employé avec justesse par Tavernier, Jean Becker ou Gabriel Aghion. Son physique particulier, sa diction un peu lente voire hésitante le situe, même si je n'aime pas ce mot, dans la " catégorie " des artistes atypiques. Mais, je ne viens pas là vous parler du comédien mais bel et bien de l'écrivain. Son dernier ouvrage, après le déjà fort étonnant Le Toucher de la hanche paru chez le même éditeur en 1997, m'a totalement époustouflé. Que dis-je époustouflé ? Non, carrément bluffé. Il paraît que Gamblin a mis cinq années à l'écrire. Possible, c'est lui qui le dit et pourtant, j'ai vraiment eu l'impression qu'il l'avait rédigé en une seule nuit ou en un seul jour.
L'histoire de Jacques-le héros de ce roman- tient du délire. Un jour, il s'aperçoit qu'au volant de sa voiture, il ne peut plus contrôler la direction laquelle n'a de cesse de tirer à droite. Il s'en inquiète. Il va voir le garagiste. Il essaie d'autres automobiles… et à chaque fois le même phénomène se reproduit sauf quand Jacques a quelques bières dans le nez. Là, la bagnole ne tire plus à droite ! La phobie s'installe, s'incruste et comme au même moment sa femme est sur le point d'accoucher, Jacques ne trouve d'autre soumission que de fuir cette voiture et de se mettre à courir sur une autoroute. Je résume simplement car c'est un peu plus subtile. Dans sa course effrénée contre cette peur, Jacques en profite au fil des kilomètres pour parler à  son père qu'il imagine mourant et surtout à ce futur enfant dont il ne sait s'il sera fille ou garçon. Jacques disserte sur l'art de la course-marche à pied, sur la mort et sur ce que va devenir le monde.
Tout au long de ce roman-marathon, Gamblin, dans une parfaite maîtrise de la langue française, nous en raconte des vertes et des mûres. Ne conseille-t-il pas à son héritier en devenir de "  ne prendre le bonheur qu'avec une seule main pour garder l'autre au cas où ça ne durerait pas ", à lui demander une fois sortie du ventre de sa mère " C'était comment ? Elle ne répond pas. Elle crie, elle pleure ses 3 kilos 750 devant les 6 milliards 147 millions 857 mille 592 personnes de ce monde qu'elle ne connaît pas et qui l'acclament ". C'est donc une fille à laquelle il affirme- sans rire- qu'à force de courir il a perdu douze kilos et que " j'avais l'impression de courir de profil tellement j'étais maigre ". Arrivé au kilomètres 306, Jacques (ou Gamblin) confie que son père n'avait pas d'amis. " N'en avait pas besoin. Il ne parlait pas beaucoup, mon père. A quoi ça sert ? il disait. Et je ne savais pas lui répondre ".
Dans son roman, Jacques Gamblin paie sa buée et ses suées au prix fort. J'en suis sorti esbaudi, exténué, à bout de souffle Monsieur Godard et ravi. Heureux d'avoir découvert un authentique écrivain qui aurait pu recevoir le Prix Goncourt si celui-ci n'était affaire d'éditeurs (!) et de microcosme parisien. Comme moi, je l'espère, vous lirez Gamblin mais il va falloir faire vite, son roman n'a été tiré qu'à 3333 exemplaires. Il risque de ne pas y en avoir pour tout le monde. Je m'en fiche, j'ai le mien et je ne le céderai pour rien au monde. Vous pouvez toujours courir…