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Mise en ligne le 23/09/2003
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Les DVDs
de la semaine
Michel Simon, un sacré monstre
LE CINE-LIVRE DE LA SEMAINE
de Jacques Lorcey
Editions Séguier
350 pages. 29 euros
L'imbécile vous salue bien !
par Jean-Marc Loubier
Certains affirmeront à tort ou à raison que je suis de bien méchante humeur au moment où je rédige ces lignes. Je viens de lire dans son détail la dernière contribution sur l'immense Michel Simon. Elle est signée d'un homme qui fut comédien et qui eut surtout la chance de rencontrer et d'interroger l'inoubliable interprète de Boudu sauvé des eaux ou encore de l'Atalante de Jean Vigo. Il paraît à l'en croire que Lorcey a mis plus de vingt années à trouver éditeur pour son bouquin. Possible. Je m'attendais à quelques révélations. N'ai-je pas (pardonnez mon manque de modestie) moi-même publié en 1989 une biographie de Michel Simon avec pour sous-titre Le Roman d'un jouisseur. J'étais donc tout disposé à faire des découvertes. Aucune à ma connaissance ne vient m'éclairer sur unaspectde la vie ou de la carrière de celui que Lorcey baptise Un sacré monstre. Curieux titre !
Oui, curieux car Michel Simon n'était pas monstre. Il était un homme avide de bonne chair, de " bonnes " femmes, de prostitués et de mensonges n'ayant de cesse d'enjoliver certains épisodes de sa longue existence. Si j'ai bien senti que Lorcey avait une grande affection pour le bonhomme, je n'ai en revanche nullement trouver dans ses écrits le moindre soupçon de tentative de compréhension voire d'analyse de son comportement. Cela est bien dommage car il est- à mes yeux- impossible de suivre le parcours complexe d'un être humain sans tenter de se  " mettre à sa place ". Lorcey égraine les faits mais jamais ne parvient à les expliquer. Il se contente de reprendre ce que lui a dit Michel Simon sans se soucier de la véracité de telle ou telle situation. Simon était un caméléon. Un être d'une complexité extrême réussissant à prendre dans ses rets ceux qu'il fascinait. Lorcey a sans aucun doute été de ces hommes fascinés par un formidable menteur doublé d'un génial manipulateur. Il aimait entraîner ses " fans " dans les méandres de sa géniale entreprise mensongère. Alors, Lorcey le suit sans trop se poser de questions !  Un peu comme s'il avait peur de décrypter les contradictions d'un mythe.
Oui, Michel Simon reste un mythe en même temps qu'un formidable et inégalable comédien. Il pouvait tout jouer et il l'a prouvé jusqu'à la fin de sa vie. Ce bouquin me laisse pantois. Je ne le déteste pas. Il a au moins le mérite d'exister et de donner l'occasion aux cinéphiles de se plonger dans son univers où il alterna films de commande et purs chefs-d'œuvre. Lorcey sait-il seulement pourquoi Simon détestait Fernandel ? Il ne le dit pas. On sait aujourd'hui que Marcel Pagnol aurait souhaité que Simon fut son interprète principal dans Angèle et que Fernandel ait fort mal pris qu'on demande à un Suisse de faire le Provençal (!) d'où leur mauvaise entente sur Fric-Frac avec Arletty… Ce n'est certes qu'un détail mais si je suis de mauvaise humeur c'est que j'ai cru me reconnaître page 73 dans une note en bas de page où Lorcey sans me nommer (l'homme est prudent) estime que je suis " un imbécile " bien que " biographe sérieux " à propos des rapports entre Michel Simon et Louis Jouvet lors de la 100e de Jean de la Lune en 1929 sur la scène de la Comédie des Champs-Élysées. Monsieur Lorcey, l'imbécile vous  salue bien !