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Mise en ligne le 11/03/2003
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Les DVDs
de la semaine
Marin Karmitz, profession producteur
Conversations avec Stéphane Paoli
LE CINE-LIVRE DE LA SEMAINE
Editions Hachette Littératures
208 pages. 15 euros

Découvreur de talents
par Jean-Marc Loubier 
Bien sûr qui dit Karmitz dit MK2 et dit Claude Chabrol . Si cela est vrai aujourd'hui, c'est tout de même un peu réducteur par rapport au parcours de cet homme qui écrit dès la page 13 : " A l'âge de cinq ans, je ne suis pas dit : je vais faire du cinéma.". Immigré roumain, Karmitz a vécu bien des galères avant de se faire un nom dans les milieux du cinéma. Il a songé un temps devenir comédien alors que son père voulait en faire un... "homme d'affaires". Non, Karmitz n'était pas fait pour cela, il était davantage fait pour dire "merde à la peur". Il n'a jamais oublié qu'un jour il fut traité de "sale juif" à Marseille par un... juif ! Dans son pays, les juifs n'étaient ni "sales" ni "propres", ils étaient simplement juifs et cela suffisait à les persécuter. C'est dire si dans son livre Karmitz ne se prive pas de régler quelques comptes avec une certaine morale communiste, judaïque...
Mais, pour moi l'essentiel est ailleurs. J'avoue humblement qu'avant la lecture de ces conversations avec Stéphane Paoli, je ne savais pas grand chose de Monsieur MK2. Ainsi ai-je appris ses amitiés pour Samuel Beckett - "j'étais amoureux de Beckett. J'ai rompu parce que sa présence m'écrasait"- pour Jean-Luc Godard... Ainsi ai-je appris qu'il avait gagné l'admiration de Pierre Kast tout simplement parce qu'à l'Idhec ses deux amies s'appelant Macha Méryl et Seda Djamalian, "une caucasienne devenue écrivain", il était devenu le "mec capable de trouver des filles magnifiques" pour faire de la figuration !
Cela n'est qu'anecdote car à l'origine Marin Karmitz ne voulait pas être producteur mais réalisateur. Il voulait créer, raconter des histoires, mettre en scène. Il a certes réalisé quelques longs métrages comme Sept jour ailleurs, Camarades, Coup pour coup (1974) mais il l'avoue lui-même il n'était guère doué pour cet exercice. Aussi le hasard et peut-être le "nez fin" l'ont rapidement conduit à devenir découvreur de talents et producteur. Il n'a certes pas tout réussi, loin de là, mais il suffit de citer La Grande bouffe de Marco Ferreri (1979), Le Mystère Picasso de Henri-Georges Clouzot (1983), Au Revoir les enfants de Louis Malle (1987) ou encore Riens du tout de Cédric Klapisch (1992) pour mesurer le bon sens artistique et des affaires de Marin Karmitz ! Et encore, je me refuse de parler de tous les films qu'il a produit pour Chabrol !
J'en terminerai avec les savoureuses histoires émaillant la naissance des fameux complexes MK2. Comment est né le MK2 Bastille puis les autres. Karmitz raconte cela presque par le menu en évitant de se faire des ennemis même s'il ne ménage pas Vivendi Universal. Il conte sans animosité ni méchanceté ses débuts chaotiques dans cet univers où il a su se faire une place en sachant très bien qu'on cherchera bien un jour à la déboulonner à son tour ! Il a appelé son livre Profession producteur. Il aurait pu tout aussi bien le baptiser: Profession avant-gardiste car mieux que d'autres il a tout de suite senti que le DVD allait rapidement devenir le prolongement logique du cinématographe cela en "respectant les normes de la rentabilité". Son père peut être fier de lui. Karmitz est devenu un authentique... homme d'affaires...!