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Mise en ligne le 25/02/2003 |
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Les DVDs de la semaine |
Asakusa Kid |
LE CINE-LIVRE DE LA SEMAINE |
de Takeshi Kitano Editions Le serpent à plumes ( Collection motifs) 261 pages, 7 euros |
"Le petit con" par Guillaume Mannevy |
On connaît bien Takeshi Kitano par ses films, plusieurs fois primés dans des festivals
comme à Venise où il reçut le lion d'or pour Hana-Bi. Mais on le connaît moins, tout du moins en France, pour son travail d'écriture
comme pour ses prestations comiques antérieures à son métier de réalisateur. Si
on vous avait déjà parlé de ses travaux en tant qu'écrivain, c'était en vous présentant
une série d'interviews réunis sous le titre Rencontres du Septième art. Asakusa kid est plutôt une sorte d'autobiographie évoquant les débuts de l'artiste qui, en plus
de nous éclairer sur ses balbutiements, nous permet de mieux comprendre les
sources d'inspiration qui constituent l'essentiel de son œuvre cinématographique. Kitano fait ses débuts d'artiste à Tokyo, dans le quartier populaire d'Asakusa, dans une boîte de strip-tease nommée " Le Français " en tant que garçon d'ascenseur. En fait, ce poste était pour lui le seul moyen qu'il avait trouvé pour faire partie du milieu artistique. C'est en remplaçant un comédien absent un soir de représentation (les sketchs faisant office d'intermèdes entre les numéros de danseuses) que Kitano commence véritablement sa carrière d'acteur comique. Il y jouait le rôle d'un travesti et, le directeur de la boîte qui tenait aussi le rôle de directeur des acteurs l'ayant remarqué, il put alors prendre part à la troupe de comédiens. Mais non sans mal. En effet, lors de sa première rencontre avec le " maître " Fukami, alors qu'il était encore garçon d'ascenseur, Kitano connut un échec cuisant face à son patron, ce dernier répondant à son désir de scène de la façon suivante : " A ton âge, on ne doit pas rêver d'une chose aussi stupide. Mets donc l'ascenseur en marche. " Pas découragé pour autant, Kitano parvint à gagner l'affection et le respect de son maître à force de persévérance dans son rôle de travesti après une entrée en matière pour le moins ratée. Jugez plutôt les paroles du maître : " Petit con, tu n'es pas entré sur scène au bon endroit. Tu n'étais pas à la bonne place ! " Et, à la fin du numéro, après une explication pour le moins orageuse : " Alors si tu as compris mes conseils, reprends vite ton travail dans l'ascenseur. " Finalement, le succès sera au rendez-vous et poussera Kitano à voler vers d'autres horizons, mais en duo, sous le nom " The two beats " qui donnera plus tard le surnom de " beat " Kitano à l'acteur. La suite on la connaît : Kitano triomphera à la télévision avant d'être remarqué par le réalisateur Nagisa Oshima qui l'engagera pour son premier rôle dans Furyo, où Kitano se révèlera être bien plus qu'un comique en la personne d'un soldat japonais dans un camp de prisonnier pendant la secondez guerre mondiale. Toutefois, jamais il n'oubliera ses débuts difficiles. Et il est étonnant de voir que ses films se reportent quasiment tous à cette période de doute et d'insouciance. Les références à son duo de manzaï (art populaire japonais) sont explicites dans Kids return. Mais il est également intéressant de voir que le " petit con " affectueux que lui lançait son maître à chaque occasion prend la même signification dans un film qui paraît au départ beaucoup moins intimiste, à savoir L'Eté de Kikujiro , où Kitano joue un vieux yakuza qui ne cesse d'appeler le gamin pris sous sa protection de cette façon. En revanche, pour ce qui de son père, yakuza plus que présumé, et de sa famille en général, on ne trouve trace dans cet ouvrage. Et c'est bien dommage car on aurait aimé en savoir plus sur ses relations avec un homme que beaucoup ont voulu reconnaître dans les personnages tragiques d'Hana-Bi ou de Sonatine. Mais les puristes se délecteront tout de même de ce roman autobiographique qui dévoile le leitmotiv de Kitano, personnage, contrairement aux apparences, aussi sombre qu'énigmatique, qui avait pour devise : "Je fais rire le public, mais je n'admets pas que l'on rit de moi. " |
