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Mise en ligne le 4/02/2003 |
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Les DVDs de la semaine |
Claude Chabrol, la traversée des apparances |
LE CINE-LIVRE DE LA SEMAINE |
de Wilfrid Alexandre Editions Le Félin 280 pages. 22 EUR |
Hagiographie par Jean-Marc Loubier |
"La première fois que je suis allé au cinéma, j'avais quatre ans et, d'un coup, la
belle construction morale dans laquelle mes parents m'avaient enfermé s'est lézardée." écrivait Claude Chabrol dans son autobiographie Et pourtant je tourne parue voici bien des années. Ce jour-là, il avait vu Anthony Adverse où il était question d'adultère et de vengeance dans l'Espagne du XVIIIe siècle.
Depuis, il en a fait du chemin le fils du pharmacien dont le 50e film ( déjà !)
sortira le 19 février prochain. Il s'appelle La Fleur du mal avec Nathalie Baye et Benoît Magimel et où il raconte à sa manière si particulière une affaire de secret enfoui depuis
la Seconde Guerre Mondiale... Le 50e film d'un Monsieur qui œuvre depuis... seulement
45 ans (!) derrière la caméra. Un anniversaire que ne voulait manquer
sous aucun prétexte Wilfrid Alexandre. Authentique fan du sieur Chabrol auquel
on doit - il faudrait tout citer - des films comme Le Beau Serge (1957), Les Bonnes femmes (1959), Landru (1962) ou plus près de nous Les Noces rouges (1972), Violette Nozière (1977), Madame Bovary (1990), Merci pour le chocolat (2000)... il vient de lui consacrer une biographie richement illustrée méritant de
s'y arrêter un court instant. J'avoue volontiers que le bonhomme Chabrol m'est assez sympathique. Il a une bonne bouille, rondouillarde. Une gueule de bon vivant avouant volontiers à en croire Alexandre qu'il a "fait croire que je faisais bien la cuisine, c'est faux. Ce qui est certain c'est que j'aime mieux bien manger que mal". De fait, dans son cinéma les scènes de restaurant, de déjeuner ou de dîner tiennent une place prépondérante. Sur ce point, Alexandre analyse méticuleusement l'art de Chabrol s'amusant à décortiquer les âmes de ses personnages autour d'un repas fameux. Je m'en voudrais de réduire cette biographie... ou plutôt cette hagiographie à une simple question de nourriture. A moins qu'il ne s'agisse de nourritures terrestres. Pour Alexandre, Chabrol est un cinéaste incompris et surtout jamais récompensé d'un moindre César. Il est vrai qu'il le mériterait largement, ne serait-ce que pour sa longévité dans le métier ! Cet homme, en effet, sait tout faire. Du cinéma, bien sûr, de la télévision et même l'acteur. Il a dirigé des comédiens comme Michel Bouquet, François Cluzet, Jean Yanne... des comédiennes comme Stéphane Audran (sa seconde épouse), Isabelle Huppert... pour ne citer que ceux-là. Mais Chabrol est-il un homme heureux ? A la lecture du livre d'Alexandre, je veux bien le croire à moins que sa boulimie de pellicule cache autre chose. Une révolte qu'il ne sait trop comment définir parce qu'il fut l'un des jeunes loups de la Nouvelle Vague et que depuis bien longtemps il fait le même cinéma que ceux qu'il pourfendait alors et qui se nommaient Autant-Lara, Duvivier ou René Clair. Sur ce point, Wilfrid Alexandre ne m'a guère éclairé. C'est dommage car son livre vaut vraiment d'être lu avec beaucoup d'attention. Mais un livre de fan, fut-il universitaire, peut-il être objectif ? |
