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Mise en ligne le 28/01/2003 |
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Les DVDs de la semaine |
Ken Loach, un rebelle |
LE CINE-LIVRE DE LA SEMAINE |
de Francis Rousselet Editions Cerf-Corlet 210 pages. 29 euros |
Un naturel stupéfiant par Henry Saurel |
Voilà bien un réalisateur inclassable, atypique et dérangeant. Nul n'ignore que Ken
Loach occupe une place à part, inconfortable même, au sein du cinéma britannique
et du cinéma européen de ces dernières années. L'auteur de Kes (1969), Black Jack (1979), Looks ans Smiles (1981), Raining Stones (1993) ou encore Sweet Sixteen (2002) est depuis ses débuts à la télévision le chroniqueur attentif et passionné
des "petites gens" du "monde du travail". Il s'intéresse de près à ce qu'il est
convenu d'appeler les "nouveaux pauvres". Homme engagé, il est bien loin de plaire
à tout le monde car il va au cœur des problèmes en montrant la réalité de
cette Angleterre où la misère s'installe dans des quartiers que personne, en dehors
de Loach, n'ose montrer. Cela donne un cinéma vérité proche du documentaire.
C'est un peu comme si un cinéaste français criait à la face du monde qu'il
n'y a pas que des nantis dans les beaux quartiers parisiens ! Résultat, le cinéma "engagé" voire "politique" de Loach ne se veut ni schématique, ni didactique comme le souligne avec justesse Francis Rousselet étudiant avec une rare minutie le travail de cet homme sur lequel un critique notait que "l'astuce de Loach, si l'on en cherche une, c'est de ne pas nous imposer ses convictions politiques, mais plutôt de les faire sourdre tout doucement mais très efficacement des espoirs et des craintes des ses personnages, qui nous apparaissent dessinés avec une honnêteté totale et sont interprétés avec un naturel stupéfiant." C'est bien pourquoi, les films de Ken Loach rencontrent un écho plus large en Allemagne, en Espagne ou en France que dans le Royaume de sa Gracieuse Majesté ! Je comprends mieux après avoir lu l'étude très fine de Rousselet pourquoi les britanniques ont une forte tendance à bouder ses films sociaux qui les renvoient à une vérité qu'ils ne veulent pas admettre. Oui, la misère existe et l'on ferait mieux de s'y arrêter un instant plutôt que de geindre sur les déboires sentimentaux d'un Prince Charles ou les "difficultés" financières d'Elisabeth II ! Loach le dit lui-même " J'essaie d'exprimer un point de vue, non pas sur la classe ouvrière, mais de la classe ouvrière." La nuance est d'importance. Il ne fera plus de doute qu'après avoir lu Rousselet on ne regardera plus de la même manière les films de Ken Loach. Il a imprimé un style, une méthode au fil des années que certains ne se sont pas privés d'essayer d'imiter. Alors, comme l'écrit dans sa préface Philippe Pilard, il conviendra d'affirmer : "Méfions-nous des contrefaçons !". En tous les cas ce livre, richement illustré, très complet, n'en est pas une et il me semble qu'il y a urgence de s'y plonger. |
