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Mis en ligne le 10/12/2002
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Les DVDs
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Preston Sturges ou le génie de l'Amérique
LE CINE-LIVRE DE LA SEMAINE
de Marc Cerisuelo
Edition PUF
139 pages, 20 euros

Le Mark Twain du 7e art
par Frédéric Grolleau 
J'aime tout dans ce bouquin. Le personnage évoqué tout d'abord : Preston Sturges (1898-1959), metteur en scène qui symbolise la négation de la comédie américaine, ou plutôt celui qui incarne à lui seul le seconde souffle de cette comédie dans les années 30-40. Le ton employé par Cerisuelo, ensuite : ni pipeau cinéphilique ni sabir philosophique, on a affaire ici à un biographe éclairé qui va aux faits, déroule le fil de vie d'un fils de businessman, incroyable créateur (il invente le premier et très sérieux rouge à lèvres qui résiste aux baisers !) en distillant de savoureuses remarques sur l'histoire du cinéma US - et en ne s'interdisant pas quelques réflexions plus conceptuelles mêlées à une langue à la fois soutenue et argotique, érudite et humoristique. Preston Sturges, donc. Un gaillard anticapraesque et non-lubitchien francophile dont beaucoup ignorent le nom alors qu´il signa à la Paramount quelques des œuvres phares de l'hymne (controversé sous son oeil) à l' americana : The Great McGuity - Oscar du meilleur scénario, olé ! - (1940), The Lady Eve (1941), Sullivan´s Travels (1942), The Palm Beach Story (1942)… Le " scénariste le plus cultivé d´Hollywood ", " le troisième salaire le mieux payé des Etats-Unis " de l´époque ; excusez du peu !
Ces films, Marc Cerisuelo les passe au crible, en restitue à l'amateur contemporain tout le suc, offrant au passage un parfait traité du savoir-filmer sturgésien. Struges, qui sera " tricard à Hollywood " en sa fin de carrière, a pourtant été salué comme un grand par Welles et Bazin, par Godard et Daney. Mais le cinéaste est à l'instar de l'homme : insaisissable et à contre-courant, jamais là où on l'attend. Un grand nombre de ses films est aujourd´hui tombé dans l'oubli, pour cette seule raison que, " véritable chaînon manquant de l'histoire de la comédie américaine, voire du cinéma ", ce " Mark Twain du 7e art " a souffert de ce qu'il était surtout le premier auteur d'Hollywood à vouloir passer à la réalisation, crime de lèse-majesté du primat des studios qu'il paiera très cher. Alors, faites comme moi :  découvrez d"urgence "Le Roi" de la cartoonisation filmique et de la madcap comedy, cette comédie échevelée qui flirte constamment avec le décousu !