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Mis en ligne le 19/11/2002 |
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Les DVDs de la semaine |
Mac Orlan, l'aventurier immobile |
LE CINE-LIVRE DE LA SEMAINE |
de Jean-Claude Lamy Editions Albin Michel 320 pages. 22 euros |
L'écolier cabochard par Jean-Marc Loubier |
Je ne pense pas humiliant d'avouer ses ignorances. Que savais-je de Pierre Mac Orlan
? Pas grand chose. Je savais tout juste que l'un de ses livres - et il en a
écrit de nombreux- avait été adapté au cinéma sous le titre Le Quai des brumes avec Jean Gabin, Michèle Morgan, Michel Simon , Robert Le Vigan et Pierre Brasseur. Je croyais me souvenir que La bandera faisait aussi partie du lot. Mais que savais-je de l'homme. Rien. J'ignorais totalement
qu'il s'appelait en réalité Pierre Dumarchay, que son père était commissaire
de police, que sa mère était trop tôt disparue... Bref, je ne savais rien
sur ce bonhomme. Avais-je jamais lu l'un de ses livres ? J'en étais resté à la
vision réductrice du cinéma et à cette fameuse réplique de Gabin disant à Michèle
Morgan "T'as de beaux yeux tu sais !" Une réplique dont Mac Orlan n'est d'ailleurs pas l'auteur. Aussi, je me suis précipité sur cette biographie contant la vie de cet homme que Jean-Claude Lamy définit comme "un écolier cabochard". Figure de la vie montmartroise du début du 20e siècle, journaliste, poète, parolier... il ne cherchait jamais à masquer sa différence. Pleurant sans cesse misère, il était bourré de thunes à la fin de sa vie. Volontiers franc-tireur, il ne sut comme personne tirer sur les pianistes et surtout décrire, à travers ses romans, la pauvreté des soldats de l'impossible embrigadés dans la Légion. Normal, son frère fut sans doute son meilleur modèle. Celui-ci lui inspira certainement le personnage de Jean Rabe en rupture de ban "coiffé d'un foulard rouge noué derrière la nuque à la manière des pêcheurs du sud." Celui-ci aurait sans doute pu se fourvoyer dans les affaires sulfureuses dont Rabe ne sortira pas vainqueur. J'ai aussi pu mesurer l'extraordinaire complicité liant Mac Orlan à Jean Gabin. L'écrivain lui offrit son accordéon. C'est un signe. Deux hommes du peuple fraternisant autour de quelques notes de musique, ça compte. Même que Gabin lui acheta les droits de son roman Martin Roumagnac qui sera adapté à l'écran en 1946. Un bide de première classe en dépit d'une affiche où figurait en première place Marlène Dietrich ! En revanche, La bandera (1936) réalisé par Julien Duvivier avec Annabella, la future épouse de l'acteur américain Tyron Power - hélas bien oublié- rencontra un succès colossal. Encore une histoire de légionnaire. A croire que Mac Orlan était obsédé par le sujet ! Si Jean-Claude Lamy n'offre rien de particulier ou d'original sur ses rapports avec le monde du cinéma, il donne à vivre un écrivain sur lequel aucune biographie n'avait encore été entreprise. Ce bonhomme était une énigme. Lit-on encore ses ouvrages ? Je n'en suis pas certain. Une chose est néanmoins certaine, c'est qu'avec son "boulot" de titan, Jean-Claude Lamy m'aura donné envie de me précipiter sur les ouvrages de ce féru d'aventures, de ce rêveur cachant maladroitement sa tendresse dans sa thébaïde de Saint-Cyr-sur-Morin. Merci à vous ! |
