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Mis en ligne le 15/10/2002
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Les DVDs
de la semaine
Jean Marais, le Bien-Aimé 
LE CINE-LIVRE DE LA SEMAINE
de Carole Weisweiller et Patrick Renaudot
Préface de Jean-Claude Brialy, Postface de Francis Huster
Editions du Rocher
480 pages. 20 euros


22 rue Norvins
par Jean-Marc Loubier 
C'était un lundi soir. Il m'en souvient très bien. J'avais rendez-vous avec lui à 19 heures précises. Son attachée de presse m'avait donné son téléphone - le 42.58.71.95 - des fois qu'il aurait oublié. Cela n'a pas manqué, il avait négligé de noter dans son agenda notre rendez-vous. En un tour de main et grâce à la gentillesse de la gardienne de l'immeuble, je pénétrais enfin dans le domaine réservé de Jean Marais. Dans ce studio du 22 de la rue Norvins à deux pas de la place du Tertre à Montmartre. Il ne savait comment se confondre en excuses pour sa bévue. Jean Marais préparait alors sa tournée avec Les Chevaliers de la Table Ronde. Nous étions en 1994. Il parait que j'avais eu beaucoup de chance de pouvoir l'interviewer dans ce studio où il tenait à préserver sa tranquillité. J'avais surtout beaucoup de chance de lui serrer la main et de dialoguer avec lui. D'ailleurs de quoi avons-nous parlé ? De lui bien sûr, de Cocteau, de Serge son fils adoptif mais aussi d'un méchant bouquin qu'on venait de publier sur lui sans son consentement. "Il est pourri d'âneries mais je ne ferai pas de procès à son auteur qui n'a même pas eu la délicatesse de prendre contact avec moi." m'avait-il dit tout en me piquant mes cigarettes. Jean Marais ne fumait plus mais la seule présence d'un paquet de blondes avait l'art de l'émoustiller.
Je voudrai ici décrire ce studio aménagé comme un navire tout de bois laqué et avec surtout et partout des œuvres de Jean Cocteau mais en ai-je vraiment le droit. Il est des moments rares dans la vie d'un journaliste qu'on souhaite garder secret. Nous avons ri. Nous avons parlé de sa carrière, de ses amitiés, de ses déceptions à propos de Louis de Funès qu'il n'aimait guère, nous avons... sympathisé car il me semblait impossible de ne pas aimer cet homme à la carrière et à la vie inimaginable. En rentrant chez moi, fort tard, je me suis empressé de raconter à ma famille cette rencontre magique. J'ai du forcé un peu la dose car mon épouse, sans aucune jalousie, me lança : "Mais, c'est pas possible t'es tombé amoureux ! " Elle n'avait pas tort. La séduction de Jean Marais avait fait son travail. Et puis, je l'ai revu, une fois, deux fois... On s'est téléphoné et un méchant jour il a tiré sa révérence me laissant orphelin comme beaucoup d'autres de sa prodigieuse magie.
Je me suis égaré. Je veux vous dire tout le bien que je pense du livre de Carole Weisweiller et de Patrick Renaudot et je me complais de mes souvenirs. J'aurais bien été incapable de l'écrire ce bouquin, je ne connaissais pas assez Jean Marais pour qu'il m'accorde toutes les confidences qu'il fit à Carole Weisweiller. Elle a été son amie pendant de longues années. Elle lui devait bien cet hommage quatre années après sa disparition. En le lisant, j'ai appris que sa mère était cleptomane. Je l'ignorais mais ce dont je me souviens, c'est qu'en sortant de son chez lui, il me manquait dans ma poche mon briquet à trois sous. Me l'avait-il subtilisé ou le lui en avais-je fait cadeau ? Là, j'ai un trou de mémoire.