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Mis en ligne le 1/10/2002 |
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Les DVDs de la semaine |
Rencontres du septième art |
LE CINE-LIVRE DE LA SEMAINE |
de Takeshi Kitano Editions Arléa 91 pages, 12,30 euros |
Un rêveur fou pétri de talent par Guillaume Mannevy |
" Le cinéma japonais, tel que Kurosawa et Mizoguchi l'ont créé dans l'après-guerre,
était selon moi, pour employer une métaphore, un corps usé. Et moi, je crois que
je suis le cancer qui couvait dans ce corps usé. (…) Je me vois comme un malade
incurable atteint du cancer ou du sida, mais qui restera longtemps encore dans
le cinéma ! " Voilà comment se définit celui qui fit ses débuts au cinéma en 1983 dans le Furyô de Nagisa Oshima aux côtés de David Bowie et qui se retrouve aujourd'hui à l'épicentre
de la production cinématographique japonaise. Ce que savent la plupart des fans de cet autodidacte japonais, à la fois acteur et réalisateur, c'est que Takeshi Kitano a fait un long passage remarqué sur les chaînes de la télévision japonaise avant de se lancer dans le cinéma. Mais ce que ces mêmes personnes ignorent peut-être, c'est que cet artiste aux multiples facettes a aussi un talent pour l'écriture. Kitano a publié au Japon une cinquantaine d'ouvrages allant du recueil de nouvelles aux textes satiriques et politiques en passant par les poèmes, romans et autres critiques de films. Ici, il ne s'agit pas d'une de ses productions personnelles mais d'une série d'entretiens entre Kitano et d'autres réalisateurs. On y retrouve aussi bien le " maître " Akira Kurosawa peu de temps avant sa mort que Mathieu Kassovitz et Shôhei Imamura. Et il est fort amusant de constater que Kitano est adulé de part et d'autre et arrive presque à faire passer involontairement les grosses pointures qui le côtoient au second plan. Kurosawa le compare à Jarmusch en admirant la " spontanéité " qui caractérise son travail, spontanéité décrite par Kitano face à Imamura : "En fait, plutôt que les dialogues des acteurs, ce sont d'abord les images qui me viennent à l'esprit." Imamura aborde ensuite la question de la direction d'acteurs, ce à quoi Kitano répond avec humour : "Quand un film a du succès c'est l'acteur principal et non le metteur en scène qui reçoit tous les honneurs. C'est exaspérant ! Alors puisque c'est à eux que tout revient, eh bien, dans mes films, c'est moi qui interprète le rôle principal !". Mais Kitano n'est pas le seul à monopoliser la parole : Kurosawa nous révèle lui aussi quelques anecdotes croustillantes sur le tournage de La Forteresse cachée ; Imamura, le double vainqueur de la Palme d'Or, se qualifie de "pervers" reconnu ; Mathieu Kassovitz aborde sa conception du métier d'acteur et de réalisateur etc. Le dernier interlocuteur de Kitano est un critique japonais qui aborde bien les méthodes de travail du réalisateur et s'étend largement sur le Lion d'Or obtenu à Venise en 1997 pour Hana-bi. Personnellement, j'ai passé un agréable moment à lire ce " petit " bouquin de 91 pages mais je conseille une connaissance minimale du cinéma japonais à tous ceux qui voudraient s'y plonger pour pleinement l'apprécier. Pour conclure, je laisse la parole au chef de file du cinéma japonais qui nous apporte sa vision éclairée du septième art : "On parle de cinéma japonais, mais si vous allez à l'étranger, vous verrez que c'est le cinéma asiatique en général qui se taille des succès croissants et dont on dit qu'il est en forme. Aujourd'hui, à l'époque des réseaux de télévision et de l'Internet, on ne fait plus la distinction. Seuls les noms des metteurs en scène sont connus, et ils tournent un peu partout." Et ce n'est pas moi qui le contredirai… |