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Mis en ligne le 11/09/2002 |
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Les DVDs de la semaine |
Les mémoires de Sophie |
LE CINE-LIVRE DE LA SEMAINE |
de Sophie Desmarets Editions de Fallois 288 pages, 19 euros |
"Une majorité de navets" par Jean-Marc Loubier |
La franchise, la modestie, la lucidité sont vertus si rares aujourd'hui qu'il convient
de les saluer. Il n'est pas rare que les acteurs ou actrices s'inventent des
vies et des gloires que peu sont capables de vérifier. Je ne citerai pas de
noms pour ne retenir que seul celui de Sophie Desmarets. Elle publie ces souvenirs
et c'est un pur enchantement parce que cette grande dame, née le 7 avril 1922,
ne triche pas et en particulier sur les aléas de sa carrière cinématographique.
Elle le confesse elle-même : "J'ai tourné, je ne sais combien de films au juste, une quarantaine, peut-être davantage
(...) une majorité de navets (...) mais pas un seul grand film, tant s'en
faut". Madame Desmarets ne rechigne pas à avouer qu'elle acceptait "n'importe quoi" à condition que cela lui permette d'acquérir quelques biens mobiliers ou immobiliers
! Si ce n'est pas de la franchise que d'écrire cela, qu'est-ce donc ? Il n'empêche que Sophie Desmarets a côtoyé au fil de cette carrière en dents de scies une pléiade de monstres sacrés à commencer par Pierre Brasseur avec Rocambole ou Croisière pour l'inconnu (1948) dans lequel Louis de Funès "incarnait avec beaucoup de drôlerie un tout petit rôle de cuisinier. Comme tant de comiques, dans la vie, il était morose". Elle évoque encore Saturnin Fabre, Pierre Blanchar, Maurice Chevalier, Jean-Claude Pascal, Raf Vallone, Sacha Guitry, Fernandel,Bourvil ou Jean Poiret à propos du Mur de l'Atlantique (1970). Avec chacun de ceux-là, elle y va sans flagornerie de son mot aimable ou croustillant. A propos de Michel Simon dont elle fut la partenaire dans Les trois font la paire (1957), elle souligne qu'elle n'a pas eu à se plaindre de lui "peut-être parce que je jouais un rôle de prostituée". Elle évoque encore Jean-Paul Belmondo et quelques autres. Sophie Desmarets ne semble pas en effet attacher beaucoup d'importance à ce cinéma qui semble avoir négligé son talent. Et pourtant, elle en connut des Festivals de Cannes. Elle fut même membre du jury de celui de 1962 aux côtés, entre autres de François Truffaut ,qui lui a laissé "un goût amer" pour des raisons que je vous laisserais découvrir. Son mari, Jean de Baroncelli - fils du cinéaste Jacques de Baroncelli- y fut pour beaucoup. Non, dans ses mémoires, les moments les plus présents, les plus intenses restent ceux vécus au théâtre. Qui ne se souvient du succès phénoménal de Fleur de Cactus ou encore de Peau de vache ? Il est vrai que la carrière artistique de Sophie Desmarets doit sans doute beaucoup à la visite d'un certain Louis Jouvet un jour de vacances de Pâques 1938 dans la maison de ses parents à Suresnes. L'inoubliable partenaire d'Arletty dans Hôtel du Nord en voyant cette jeune fille d'à peine 16 ans lui avait dit alors : "Vous, vous avez un physique de théâtre !" Le grand homme ne se trompait pas et il fut pour beaucoup dans l'envie de Sophie d'affronter les planches faute de faire une grande carrière cinématographique. Sur ce point, elle n'en veut à personne si ce n'est à elle-même. Quand je parlais de franchise et de modestie, ce n'était que pour vous inviter à lire cet ouvrage qui ne doit rien à la vaine gloriole ! |